06/07/2015

« Oxi, je suis grec »

« Non, je suis grec », voici les mots qui me sont venus à l’esprit quand j’ai appris avec beaucoup d’émotion le non grec. C’est sûrement la première fois en Europe qu’un peuple choisit par la voie des urnes de renvoyer le dictat de la finance à la maison. J’imaginerais bien Jean-Jacques Rousseau se frotter les mains de là où il est, lui qui prônait déjà (sans utiliser cette terminologie) à son époque le référendum comme arme principale de la dignité et comme outil premier de la démocratie. Ce sentiment de pouvoir se sentir Charly au lendemain des attentats de Paris, se sentir tunisien au lendemain des attentats de Sousse, et bien aujourd’hui, cette solidarité humaine, c’est avec le peuple grec que je la ressens tant j’aimerais que d’autres peuples aient leur courage.

Avant de lire l’édito de Benito Perez dans le Courrier d’aujourd’hui, je ne me rendais pas vraiment compte de la manipulation absolument à vomir à laquelle les Grecs ont dû faire face avant d’aller voter. Fermeture des banques sur ordre de la Banque Centrale Européenne (BCE), menaces de certains patrons sur les salaires de leurs employés en cas de non, sondages tendancieux vers le « oui » sans grand professionnalisme, etc. Et puis alors ce mépris des politiques de droite pour la démarche de Tsipras, crachant sur la démocratie grecque quand un référendum ne les arrange pas à commencer par le clown Nicolas Sarkozy, lui-même directement responsable d’une augmentation de 465 mia. de la dette publique française, de l’appauvrissement général et sûrement à l’origine de la crise de l’emploi à laquelle le pays fait face.Sans titre.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et puis je suis tombé sur le discours de Jean-Luc Mélenchon lors du Congrès du Parti de Gauche samedi dernier. On peut toujours critiquer l’homme sur la méthode et sur la forme de ces attaques, mais les chiffres et les faits qu’il avance pour décrire le processus d’attaque à mains armées que la Grèce a dû subir lors des négociations pour le remboursement de sa dette sont effarants. Ce dernier affirme avec raison que cette pression sur les Hellènes est principalement dûe au remboursement d’une facture de 1.5 milliards d’euros due au FMI. Cette somme paraît tellement dérisoire quand on sait que l’UE a concédé 42 mia. d’euros à l’Ukraine dans son plan d’influence anti-russe dont 3.4 mia. viennent d’être versés récemment sans grande condition. Pire encore, nous apprenons que la Banque Centrale Européenne aurait racheté grâce à des fonds vautours un peu plus de 1.9 mia. de dette grecque en titres à un prix dérisoire qu'elle retient à titre de réassurance, il aurait donc suffit d’un jeu d’écriture décidé par Bruxelles et sur fondement du Traité de Lisbonne pour que la BCE les vendent au FMI et que la facture en question soit réglée.

C’est bien connu, ni le FMI, ni la BCE ne veulent plier pour faire de la Grèce un exemple, qu’elle finisse comme l’Argentine de Kirchner, l’Islande à l’époque de sa crise bancaire ou encore comme Chypre entre 2012 et 2013. Mais voilà, quel que soient les réformes institutionnelles que la Grèce doit engager (baisse des dépenses militaires, couverture générale de l’imposition, révision de la gestion de certaines professions libérales comme les avocats, les dentistes, etc. etc.), les Grecs nous ont montré la voie, le référendum est saint (quand il est formulé constitutionnellement, MCG et UDC si tu m’entends…) et il est peut-être un nouvel outil pour faire face aux dictats financiers. Ce monstre de la finance, qui n’a souvent qu’un écho et une conception abstraite pour le commun des mortels, est devenu clair aujourd’hui, il a pris la forme du FMI et de la BCE, engageant une politique de remboursement insoutenable, créant, de facto, une pauvreté chronique qui fait de ce « discours de gaucho » (si souvent moqué et décrié par la droite en Europe comme en Suisse), une illustration limpide de sa réalité.

La Grèce a montré la voie, si nous avons bon espoir que l’Espagne puisse renégocier les termes de ses remboursements grâce à Podemos, nous aimerions voir la même chose en Italie, au Portugal, en France et comment ne pas penser à la Tunisie…

Sources :

http://www.lecourrier.ch/node/131144

https://www.youtube.com/watch?v=_-wZnQ0NoPQ

http://blogs.mediapart.fr/blog/renelle/010413/les-chiffre...

12:36 Publié dans Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |