29/02/2016

A quand la fin de la récréation UDC ? Arrêtons les « soulagements » et traitons le mal à la racine…

295c0c3e-84ee-11e3-aa72-770c65db20cb.JPG« Ouf », vous avez dit « ouf » de soulagement après ce dimanche de votations à sueur froide. Encore un dimanche où nous votons sur un objet indigne des institutions helvétiques, indigne du peuple suisse et indigne du principe de démocratie semi-directe. Et c’est au cours de ce type de journée de votations que je me souviens…

Je me souviens de 2004 où nous votions sur l’« Internement à vie pour les délinquants sexuels ou violents jugés très dangereux et non amendables », en 2009 ensuite, où nous avons eu le droit à « l‘initiative contre la construction de minarets », puis en 2010, c’était l’initiative « pour le renvoi des criminels étrangers », et enfin en 2014 celle sur « l’immigration de masse ». C’est alors qu’arrive l’objet des votations d’hier et qui a mobilisé les troupes du « non » en février 2016, comme si cela ne suffisait pas des simples initiatives, nous votions sur l’« initiative de mise en œuvre sur le renvoi des criminels étrangers»…

Cela va s’arrêter ou ? Certaines sources parlent d’un prix moyen pour une initiative populaire de 150'000 chf[1].

2016219_GRU_Page_300202_451167_lptv.jpgAllons-nous arrêter ce sketch bientôt, allons-nous continuer à voter sur des objets qui bafouent la procédure et le rôle de l’Assemblée Fédérale, qui bafouent les traités internationaux et qui, à défaut d’amener des solutions, provoquent des tensions inutiles entre citoyens suisses et étrangers sur le sol helvétique ? En effet messieurs-dames, l’ensemble de ces initiatives lancées presque librement par l’UDC ne résolvent rien, vont à l’encontre de l’art. 190 de la Constitution[2] qui décrète l’application du droit international et surtout représente un gaspillage de salive et d’argent de près de 150'000 chf à chaque fois. Tout cela, sans compter évidemment sur l’image salie du pays à l’international, une détérioration de son climat social et de sa démocratie semi-directe.

Plus que d’être soulagés à chaque fois que de telles initiatives sont débattues puis votées par le peuple, il va falloir combattre le mal à la racine. Qui contrôle la constitutionnalité et l’applicabilité de telles initiatives quand il s’agit d’objets qui ne sont pas applicables juridiquement parlant, qui violent de nombreux traités internationaux (Pacte relatif aux droits civils et politiques, Pacte relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, Convention européenne des droits de l’homme, etc.) et qui entrainent des campagnes politiques avec des messages discriminatoires aux relents de xénophobie.

L’UDC connaît tellement bien les limites de notre système par rapport à la constitutionnalité des initiatives que le projet d’initiative le plus grave de l’histoire est actuellement en cours de récolte de signatures, il se nomme : «Le droit suisse au lieu de juges étrangers (initiative pour l'autodétermination)». Cette initiative permettra, je cite, « La protection des droits humains et fondamentaux se fera «de manière autonome» »[3] au détriment d’institutions (Cour Européenne des droits l’homme par exemple) et de traités internationaux (comme la Convention Européennes des droits de l’homme) dont nous avons historiquement défendu la création et l’autorité. Ajouter à cela son titre sexy évocateur du marketing si UDC mais ô combien mensonger sur le pouvoir des juges étrangers dans les juridictions suisses.

AfficheMinarets.jpgAujourd’hui, il n’existe pas de contrôle automatique de constitutionnalité des initiatives[4]. Une initiative populaire ne peut être remise en cause que s’il existe une contestation (coûtant du temps et de l’argent) dénonçant son incompatibilité avec le droit constitutionnel en vigueur et /ou le droit international. C’est l’article 189 al. 1 de la Constitution qui confère le pouvoir de ce contrôle au Tribunal Fédéral[5]. D’où ma question, la société civile conteste-t-elle assez souvent ces initiatives quand elles sont lancées, en a-t-elle les moyens de les contester et finalement, est ce que le Tribunal Fédéral a les ressources nécessaires pour effectuer correctement son travail de contrôle quand contestation il y a? Si, comme je le crois actuellement, la tendance des réponses à ces questions va vers le non, il s’agit de prendre des mesures afin de lutter contre ces objets de vote éphémères, dangereux et allant dans le sens contraire des idéaux de notre pays.

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Le tabou n’a pas lieu d’être, il n’est plus possible de se coucher devant les menaces de limitation de la démocratie semi-directe quand nous votons chaque année sur des initiatives bafouant elles-mêmes notre Constitution et les traités internationaux directement applicables en Suisse. La démocratie directe commence par le respect de ses propres institutions et ses propres engagements. Quand il s'agit de remettre en question nos engagements internationaux, c'est l'ensemble d'un traité qu'il faut dénoncer ou adopter officiellement des réserves. La ratification d'un instrument juridique international n'est pas un menu fast food que l'on achète et dont enlève la feuille de salade et le concombre de l'intérieur du sandwich. De même, une initiative populaire allant à l'encontre des fondements et de certaines dispositions d'un traité international ratifié par la Suisse ne peut être lancée que si le traité en question a été dénoncé ou si la Suisse avait émis des réserves. Ces mêmes réserves nous permettant alors d'adopter des loi d'exception n'entrant pas en conformité avec ces mêmes dispositions internationales. Personnellement, je pense qu’il est grand temps d’avoir un débat de fond sur la création d’une Cour Constitutionnelle ou de tout autre mécanisme entrainant un contrôle automatique de certains délires d’initiative !

 

[1] https://www.ch.ch/fr/initiatives-populaires/

[2] « Art. 190 Droit applicable: Le Tribunal fédéral et les autres autorités sont tenus d'appliquer les lois fédérales et le droit international », https://www.admin.ch/opc/fr/classified-compilation/199953...

[3] http://www.tdg.ch/suisse/politique/L-UDC-lance-son-initia...

[4] http://www.humanrights.ch/fr/droits-humains-suisse/interi...

[5] Art. 189 al. 1 : « Le Tribunal fédéral connaît des contestations pour violation: a. du droit fédéral; b. du droit international; c. du droit intercantonal; d.des droits constitutionnels cantonaux; e. de l'autonomie des communes et des autres garanties accordées par les cantons aux corporations de droit public; f. des dispositions fédérales et cantonales sur les droits politiques. », https://www.admin.ch/opc/fr/classified-compilation/199953...

04:10 Publié dans Votations 2016 | Lien permanent | Commentaires (26) | |  Facebook | | | |

16/02/2016

Un Suisse à la quête perdue des Nations Unies

Il y a bien longtemps, un jour de juin 2005, après l’obtention d’une maturité gymnasiale, l’idée d’opter pour une carrière au sein de la prestigieuse organisation des « Nations Unies » commença à germer. Comme d’autres jeunes universitaires suisses, après tout, je pouvais y croire ; avec un diplôme m’ouvrant les portes de l’université, maîtrisant certaines bases de l’allemand, pensant avoir un niveau d’anglais qui me permettrait de travailler et d’autres langues que j’ai acquis grâce à l’aide de la génétique familiale. Voilà que s’annonce un parcours, un très long parcours auquel je n’étais pas préparé et pour vous le dire franchement, un parcours jonché d’obstacles auquel on ne vous prépare pas. Aujourd’hui à l’âge de 30 ans, comme d’autres suisses, avec un master, 4 langues, 1 an et 8 mois de stages non rémunérés et un an de terrain en tant que volontaire, je n’entrevois pas de perspective claire tout en m’accrochant à mon rêve professionnel.

Commençons par le commencement, pour obtenir le Graal, c’est-à-dire, un premier poste de « staff » aux Nations Unies en tant qu’universitaire, ce qu’on appelle un « P2 », autrement dit un poste « niveau d'entrée des professionnels »[1], je vais prendre exemple sur un poste commun de Juriste adjoint au département des affaires économiques et sociales auprès de l’Assistance des Nations Unies aux procès des Khmers rouges (UNAKRT)[2] :

  • Compétence : professionnalisme (incluant les connaissances techniques), esprit d’équipe, Aptitude à planifier et à organiser,
  • Formation : Diplôme universitaire du niveau de la maîtrise ou, à défaut, peut être accepté un diplôme universitaire de premier cycle assorti d’une expérience professionnelle pertinente
  • Expérience professionnelle (et ça se gâte) : Au moins deux années d’expérience professionnelle pertinente dans le domaine des procédures judiciaires et/ou du droit pénal international. Une expérience en qualité d’agent juridique ou de juriste au sein de tribunaux internationaux ou du corps judiciaire d’un tribunal pénal national est hautement souhaitable)
  • Connaissances linguistiques : Le khmer, l’anglais et le français sont les langues de travail officielles des CETC. Le titulaire de ce poste devra maîtriser l’anglais écrit et parlé. La connaissance du français est très souhaitable. La connaissance du khmer est un atout.

 

En toutes logiques et avec de telles exigences je vais, comme beaucoup d’autres, entreprendre un bachelor en relations internationales pendant lequel nous sommes un peu plus de 400 étudiants au commencement pour terminer diplômé parmi un peu plus de 40 étudiants et c’était en 2010 déjà (entre 2013 et 2015, ils étaient 1056 sur les trois années confondues en bachelor et 156 seulement en master[3]). Ayant été averti de la chose, je sais que mon diplôme ne m’ouvrirait pas les portes de l’emploi, qu’il me faudrait un master, la maîtrise d’au moins deux ou trois langues et surtout deux années d’expérience (comme annoncé dans les termes de référence ci-dessus). Je prends donc le soin de faire un master (à l’étranger et grâce à un prêt pour donner un petit plus à mon CV dans l’international) et je choisis d’investir un certain temps et de l’argent en partant chercher de « l’expérience » sans savoir qu’elle serait peu ou pas payée du tout ; un été à l’Office des Nations Unies à Genève comme un peu plus de 4000 autres jeunes dans le système des Nations Unies[4] (non-payé et n'étant comptabilisé qu'à 50% dans le calcul d'expérience, paraît-il que cela coûterait trop cher et que l’acquisition d’une prestigieuse expérience labélisée serait suffisante[5]), 6 mois au Mexique dans une ONG dans les droits de l’homme (j’en profite pour prendre des cours intensif et obtenir un niveau bilingue en espagnol) et 4 mois auprès d’une ONG internationale dans l’humanitaire à Genève (à 1000 francs par mois). En outre, pendant mon master, je prends le temps de trouver un emploi d’étudiant (pendant 7 mois) dans la récolte de fonds que je pourrais ajouter à mon CV et un service civil en coopération internationale pour en finir avec mes obligations militaires (où je touche pour la première fois une allocation pour perte de gain à un niveau équivalent à ma valeur marchande en fonction de mon CV). Les années passent et la perspective d’un job stable est encore lointaine, en effet, nous sommes en septembre 2014, j’ai 28 ans et je passe 6 mois au chômage en plus de ce tumultueux parcours.

 

Après plus de 250 candidatures individualisées et soigneusement préparées, je réussis finalement à décrocher un poste de « Volontaire des Nations Unies (VNU) » payé à un peu plus de 1500$/mois dans mon pays d’affectation. Vous vous dites sûrement que c’est le début de ma carrière, et bien non, ce poste de « jeune volontaire », financé par la Confédération, n’offre qu’une seule année de contrat sans aucune garantie d’embauche à moins d’obtenir une proposition de l’agence des Nations Unies qui vous accueille. Malheureusement, mon agence, une des plus pauvres du système, n’a pas les moyens de m’embaucher et me voilà en train de préparer mon retour en Suisse pour me remettre encore une fois, à l’âge de 30 ans, à la recherche de cette quête perdue d’un poste stable aux Nations Unies ou ailleurs dans la coopération.

 

Grandissant dans cette Genève internationale, multiculturelle et polyglotte, faire des études et trouver son chemin à travers les tumultes de la coopération internationale parait de plus en plus difficile sans pour autant voir d’éclairs d’espoir dans le ciel des générations à venir. Il est vrai que nous sommes la deuxième capitale mondiale de la diplomatie derrière New York, que nous possédons des jeunes motivés, prêts à travailler et à voyager dans de modestes conditions, malheureusement je me dois d’être honnête pour vous dire que ni l’université, ni les autorités ne vous y aideront. Dans une ville comme Genève, il est dommage de laisser sur le carreau les élèves venant des milieux modestes rêvant d’une carrière dans la coopération internationale au profit des familles les plus aisées (puisque devant payer l’apprentissage de langues et d’années de travail peu ou pas payées comme le prouve une étude de l’Association Genevoise des Stagiaires ; 68% des stagiaires ne touchent pas d’argent[6]). Nous avons cette chance de pouvoir miser sur une population avec 41% d’étrangers (cf. 2013[7]) et 59% de suisses dont au moins 16% (en 2000[8]) avait une deuxième nationalité. Autant d’avance démographique, culturelle et linguistique dont nous ne profitons pas puisque certains d’entres eux, sortant des profils types du chômage, n’arrivent pas à trouver d’emploi stable. A celles et ceux qui liront ce billet et/ou qui se reconnaitront lors de sa lecture, et spécialement à ceux qui décideront d’entreprendre cet ambitieux rêve de carrière, accrochez-vous, « Post tenebras lux» (« Après les ténèbres, la lumière »).

 

[1] Careers.un.org, « Catégories de personnel »; https://careers.un.org/lbw/home.aspx?viewtype=SC&lang...

[2] Careers.un.org, « Termes de référence d’un poste de juriste adjoint » ; https://careers.un.org/lbw/jobdetail.aspx?id=54107

[3] Bureau de la statistique de l’UNIGE, « Données sur les étudiant-e-s » ; http://www.unige.ch/dadm/stat/index.php/download_file/vie...

[4] Economist.com, « Why the UN doesn’t pay its interns »; http://www.economist.com/blogs/economist-explains/2015/08...

[5] Washington Post, « Why the United Nations doesn’t pay its interns » ; https://www.washingtonpost.com/news/worldviews/wp/2015/08...

[6] Swissinfo.ch, « la galère des stagiaires » ; http://www.swissinfo.ch/fre/esclavage-moderne_la-gal%C3%A...

[7] Statistiques Genève, Canton GE, « bilan et état de la population du canton de Genève en 2013 » ; http://www.ge.ch/statistique/tel/publications/2014/inform...

[8] Statistiques Genève, Canton GE, « Les binationaux dans le canton de Genève » ; http://www.ge.ch/statistique/tel/publications/2005/analys...

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