13/04/2016

Et si on nationalisait la vente d’alcool en Suisse ?

A l’heure actuelle, les débats font rage sur les coupes budgétaires en Suisse (sur lesquelles nous voterons à Genève le 5 juin prochain) comme en Ville de Genève où le Conseil Municipal a décidé d’amputer certains secteurs importantissimes ;

« Moins 2 % à toutes les structures subventionnées (groupe 36) ; moins 10 % dans les fonds généraux destinés à la création artistique et au soutien des artistes et compagnies indépendantes (groupe 36) ; moins 2,5 % dans les prestations culturelles et sociales offertes à la population (groupe 31). »[1]

On discute également du renflouement de l’AVS (800 mio. de perte en 2015[2]) ou encore du financement potentiel du Revenu de Base Inconditionnel (si on suit le montant indicatif des initiants de 2500/ adulte et 650/mineur, il manquerait 25 mia. chf encore à trouver selon Conseil Fédéral). Il s’agit donc de faire un choix d’avenir pour la société entre l’introduction d’un nouvel impôt, une répartition plus égalitaire du budget de la Confédération ou une diminution du rythme de l’Etat ce qui paraît difficile à justifier au vu des perspectives démographiques du pays, de la bonne santé économique ou encore de l’augmentation du nombre de personnes à l‘aide sociale (+ 7% à Genève l’an dernier[3]).

Au lieu de se satisfaire de notre santé face à celle de nos voisins, je préfère regarder vers le haut pour prendre exemple sur les pays dont on devrait prendre certaines tendances comme la Scandinavie et l’Islande. A cet effet, la Norvège pourrait nous donner quelques idées comme la nationalisation de la vente d’alcool grâce à la chaîne d’État appelée « Vinmonopolet [4]» qui contrôle a distribution d’alcool de plus de 4,75° dans le pays avec près de 211 magasins représentant 80 % du marché total des vins, spiritueux et bières fortes[5] (20% restant = distribution d’alcool par les bars, restaurants et hôtel). En plus des rentrées fiscales liées à ce genre de politique, il apparaît être un outil intéressant pour la prévention de l’alcoolisme (particulièrement chez les jeunes avec des horaires strictes de fermeture ; 18h en semaine et 15h le samedi).

Si nous nous projetons en Suisse avec une telle mesure, le coût de la santé lié à l’alcool était de 4,2 mia. chf en 2010 selon l’Office Fédéral de la Santé Publique[6] avec d’importantes conséquences sur la jeunesse suisse. Selon des chiffres de la RTS, les ventes globales représenterait 10 mia. chf en 2010 alors que la consommation, elle, se montait à 36 litres de vin/pers., 56.5 litres/pers. et 8.4 litres de spiritueux en 2012[7]. Il va de soit que certaines exceptions pourraient être attribuées aux viticulteurs suisses ainsi qu’aux magasins de tabac pour ce qui concerne le vin et la bière ne dépassant pas les 4,75° (cette limite est négociable également, je n’en fais mention qu’à titre d’exemple). En plus d’être une mesure de santé drastique qui réduira à coup sûr les coûts de la santé, ceci pourrait représenter d’importantes rentrées fiscales pour l’avenir de notre système social et de la culture en Suisse. La création d’un marché noir constitue le revers de la médaille, mais cette conséquence permettrait de créer des emplois d’Etat pour son contrôle en plus de son impact relatif comparé aux gains d’une telle mesure. Quoi qu’il en soit, à vos claviers, le débat est lancé…

 

[1] http://www.galpon.ch/Non-aux-coupes-budgetaires-en-ville-...

[2] http://www.24heures.ch/suisse/avs-devrait-perdre-800-mill...

[3] http://www.rts.ch/info/regions/geneve/7629079-forte-hauss...

[4] http://www.vinmonopolet.no/

[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Vinmonopolet

[6] http://www.bag.admin.ch/themen/drogen/00039/13088/14719/i...

[7] http://www.lematin.ch/suisse/La-consommation-moyenne-d-al...

17:31 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Facebook | | | |

Commentaires

L'idée du contrôle de la vente d'alcool par l'état est très séduisante, en théorie.
Dans la pratique, c'est tout différent.
Je connais bien le cas de la Finlande, qui fonctionne comme la Suède, la Norvège, l'Islande. Et cela depuis 1932, après une période de prohibition totale.
Ainsi, l'alcool est un fruit défendu et très cher.Il faut s'organiser pour en obtenir. Etre ivre, signifie qu'on a non seulement été malin, mais qu'en plus, on en a les moyens. On voit beaucoup de gens complètement "déchirés" le week-end en ville, dont des jeunes. Bien plus qu'ici.

Les petits malins prennent le ferry pour la Suède et se biturent lamentablement, à l'aller et au retour, car l'alcool est tax-free dans les eaux internationales.

Il y a aussi la solution d'aller en ferry en Estonie, d'emporter une grosse valise ou un petit "diable" et de faire le plein, jusqu'à la quantité maximale tolérée. En Estonie, tout est environ 3 fois moins cher et à Tallin, on s'est organisé de sorte à ce que les Finlandais n'aient pas besoin d'aller très loin : il y a des supermarchés de bouteilles dans le port. De plus, on peut se saouler à bas prix à l'aller et au retour.

J'ai également assisté à ce genre de spectacle pendant une excursion à St Petersbourg, à l'époque où elle s'appelait Leningrad.

C'est pathétique. L'alcool est une vraie obsession. A mon avis bien pire qu'ici.

Lorsque l'UE avait obligé la Finlande à baisser ses prix, les Suédois étaient venus dévaliser les magasins situés près de leur frontière. Rupture de stocks !

Si la Suisse se mettait au monopole d'état, cela ferait le bonheur de tous nos voisins. Et je ne suis pas sûre que la santé publique s'en trouverait améliorée.

Je vous conseille de chercher d'autres pistes, tant pour les rentrées fiscales que pour la campagne anti-alcool.

Écrit par : Calendula | 13/04/2016

" En plus des rentrées fiscales liées à ce genre de politique "

Parce que vous espérez avoir plus de rentrée fiscale en en nationalisant un secteur économique? Le problème est que vos rentrées fiscales elles vont aussi servir a payer les nombreux nouveaux fonctionnaires que l'état devra engagé pour gérer les centaines de points de ventes et pour comme vous l'avez souligné combattre le marché noir le revers de la médaille due à des prix de vente d'alcool beaucoup trop cher.

Sur Wikipédia il est mentionnée que " la vente d'alcool et de contrôle de l’État a pour but officiel d'empêcher des producteurs individuels d’alcool de produire des spiritueux de mauvaise qualité (la Russie connait le même problème). "

Prendre la Russie comme exemple sur la mauvaise qualité de spiritueux ce serait comme de prendre comme exemple les favelas au Brésil pour décider de nationaliser en Suisse le secteur de la construction des maisons individuelles.

D.J

Écrit par : D.J | 13/04/2016

Et de toutes façons, l'alcool c'est pas halal, ou bien ?

Écrit par : Eastwood | 13/04/2016

T'as raison, plus d'alcool en Suisse plus de putes en France et plus de porc un peu partout. La loi islamique quoi ! Un individu privé de son libre arbitre. Si c'est ça regarder vers le haut alors attention de ne pas marcher dans une merde.

Écrit par : norbert maendly | 13/04/2016

Pour rentrer des sous il serait certainement judicieux de légaliser le commerce du cannabis. C'est la démarche inverse qui réduit le marché noir à néant, qui apporte sa dîme à la collectivité et qui garanti la fiabilité des produits.
Et comme tous les rapports sérieux dans le monde préconisent cette mesure, il serait temps de s'y mettre.

Écrit par : Pierre Jenni | 14/04/2016

Mauvaise idée!

Les magasins d'Etat, c'est bien dans les pays scandinaves ou en Russie, peut-être... Mais ici, Monsieur, c'est la civilisation du vin! Avec vos magasins d'Etat ce serait fini de la vente en cave ou chez les producteurs. En plus, ce sont pas les jeunes qui vont s'acheter des bouteilles de vodka à 10 balles chez un producteur pour finir en coma éthylique à point d'heure. Là, il faut plutôt surveiller les kiosques et les grands distributeurs, quitte à leur coller de grosses amendes pour ramener d'avantage de liquide à l'Etat.

De manière générale, ce n'est pas en interdisant l'alcool que vous allez améliorer la santé publique. Il est préférable de faire de la prévention et éduquer les gens à boire, sans pour autant pousser les abstinents à consommer.

En conclusion, autant augmenter les impôts sur les spiritueux et faire d'avantage de prévention. Pourquoi pas également taxer les sodas, qui sont un poison pour le corps, favorise les caries et tendent à l'obésité.

Écrit par : Riro | 14/04/2016

" Pourquoi pas également taxer les sodas, qui sont un poison pour le corps, favorise les caries et tendent à l'obésité. "

Et pourquoi pas taxer pendant que l'on y est le fromage de chèvre bourré de cholestérol un vrai poison pour les artères. On peut aussi taxer l'alpinisme bien plus dangereux que les sodas pour la santé en cas de chute. On pourrait aussi instaurer une taxe noël car c'est c'est pendant les fêtes de fin d'année que les gens prennent du poids en mangeant gras, sucrée et qui boivent trop d'alcool.

" et éduquer les gens à boire, "

Eduquer les gens qui sortent en dehors des clous comme au bon vieux temps du soviétisme? La prévention est une chose. Mais après l'état n'a pas à dire comment les gens doivent se comporter face à leur consommation d'alcool. Personne n'est égal face à l'alcool. Celui qui boit et qui fais des conneries il doit assumer les conséquence de ses actes.

D.J

Écrit par : D.J | 14/04/2016

Ben oui DJ... Taxer le soda. Le soda, car ce produit vise directement les enfants. Coca-Cola est bien souvent la premiere marque connue des plus petits avant même de savoir lire! Rien à voir avec un fromage de chèvre ou vos autres exemples fantaisistes.

Concernant l'éducation pour boire, il s'agit de prévention, pas de controle soviétique ou de flicage CIA. Les USA, pays que vous admirez, est typiquement le genre de pays où les gens aiment s'alcooliser massivement en peu de temps.... On est loin du petit rouge pour manger ou du pousse café. Cuisiner avec du vin n'est pas dans les habitudes américaines, car la notion de terroir n'existe pas pour eux. C'est en cela une particularité de la civilisation du vin, qu'on retrouve approximativement autour de la Méditerranée. D'ailleurs les US a largement échoués avec la prohibition.

Écrit par : RIro | 14/04/2016

" Ben oui DJ... Taxer le soda. Le soda, car ce produit vise directement les enfants. Coca-Cola est bien souvent la premiere marque connue des plus petits avant même de savoir lire! Rien à voir avec un fromage de chèvre ou vos autres exemples fantaisistes. "

Parce que d'après vous les enfants ne mangent jamais de fromages, des sauces à la crème ou de charcuteries? Ceux en bas âge en consomment certainement bien plus que n'importe quel sodas. Taxer le sodas c'est juste un truc de politiciens pour se donner bonne conscience en se prenant à un produit qui ne va pas provoquer de soulèvement de colère contrairement si vous vous attaquez à des produits artisanaux comme la charcuterie. On l'a vu dernièrement avec la vague de protestations quand l'OMS s'en est pris aux produits comme la charcuterie en le qualifiant de véritable poison pour la santé.

" Concernant l'éducation pour boire, il s'agit de prévention, pas de controle soviétique ou de flicage CIA. "

Éduquer les gens c'est de dicter aux gens sous contraintes ( par des taxes ou des interdits ) une ligne de conduite. Quand vous éduquez un enfant c'est de lui dire ce qui est pour lui interdit ou permis de faire. Quand on veut éduquer une population cela amène à de dérives liberticides ou totalitaires. la prévention doit expliquer aux gens qu'il prennent un risque pour leur santé en consommant excessivement tel ou tel aliment. Après on doit leur laisser le droit de manger ce qu'ils ont envie même si ce n'est pas bon pour la santé.

" Les USA, pays que vous admirez, est typiquement le genre de pays où les gens aiment s'alcooliser massivement en peu de temps... "

Ce genre de comportement est surtout typiquement un comportement que l'on retrouve dans les pays de l'est qui trust les 10 premières places des plus gros consommateur d'alcool. Les USA en matière de consommation d'alcool sont aux alentour de la 68 ème place. Ils ont déjà assez de problème lié à l'obésité de part la consommation de matières grasse et sucrée qu'il est inutile d'en rajouter de nouvelles. Les bitures express sont aussi une mode que l'on retrouve en Suisse.

http://www.cityzeum.com/ar/les-pays-ou-l-on-consomme-le-plus-d-alcool-au-monde

" On est loin du petit rouge pour manger ou du pousse café. Cuisiner avec du vin n'est pas dans les habitudes américaines, car la notion de terroir n'existe pas pour eux. "

Ce qui est faux. Les USA ont la plus grande diversité culinaire au monde. il y'a autant de diversités culinaires qu'il y a de communautés. Dans les grands villes comme à New York, Los Angeles, Boston etc... si vous avez envie de manger italien, chinois, russe ou français ce n'est pas un problème vous trouvez facilement un restaurant faisant une cuisine authentique du pays d'origine. Les grand chefs cuisiniers américains étoilés au guide Michelin ça existe aussi aux USA.

Quand à la notion de terroir les Etats-Unis ont d'immenses vignobles avec des cépages de renommées ou de grande diversités en matière de produits agricoles, de viande etc...

" C'est en cela une particularité de la civilisation du vin, qu'on retrouve approximativement autour de la Méditerranée. D'ailleurs les US a largement échoués avec la prohibition. "

La prohibition qui a échoué c'est fait de 1919 à 1933. C'est juste qu'une petite page de l'histoire des USA qui n'a pas empêché par la suite au pays de se doter d'une viticulture et de produire de bon cru.

D.J

Écrit par : D.J | 16/04/2016

A lire les derniers commentaires, je me pose des questions sur la bonne façon de gérer la santé publique.
A vous lire, les interdits et taxes ne serviraient à rien. Tout acte entravant le libre commerce de produits marketés serait nocif.

Je suis totalement contre la prohibition de l'alcool et du tabac, contreproductive dans un monde qui considère qu'il s'agit d'acquis et qui y est tellement accro qu'on ne pourra pas revenir en arrière. Les consommateurs trouveront toujours moyen de se fournir auprès de fournisseurs tout heureux de faire commerce.
( La question du cannabis et autres drogues relativement nouvelles sur le marché est à considérer dans ce contexte et ma religion n'est pas faite.)

Je me réfère toujours à ce petit pays, longtemps à l'écart des grands courants du vaste monde, que j'ai pu et peux encore observer de loin et sur une longue période : la Finlande.
Je vous livre un petit résumé, si cela vous intéresse.

La lutte contre l'alcoolisme à large échelle y est très compliquée, mais il semblerait que malgré tout ce que j'ai raconté plus haut, la situation n'empire pas.
Il y aurait quelque progrès et désormais, lorsque j'apprends que des amis ou connaissances d'ici ont rencontré des Finlandais, ou qu'ils ont pris Finnair, ou visité la Finlande, je ne demande plus, de façon angoissée, si les gens buvaient beaucoup et se comportaient mal. Autrefois, la réponse gênée était plutôt positive.

En revanche, les campagnes qui concernent la nourriture trop grasse ont porté des fruits.
Autrefois, les hommes de 50 ans mouraient de façon alarmante des maladies coronaires, terrassés par les dégâts dus à la consommation des graisses animales. La cause en était l'urbanisation d'une population autrefois physiquement très active et habituée à boire des litres de lait et à manger gras pour résister au froid. On ne connaissait pas vraiment l'huile végétale. De plus, il y avait des facteurs génétiques dans une population vivant en vase clos.
Des campagnes massives d'information ont été mises sur pied, et elles ont été très bien perçues, parce que chacun connaissait des cas de décès ou de maladies graves dans son entourage ( population d'environ 4,5 millions vers 1970).
Les journaux féminins regorgeaient de recettes innovantes, on essayait de donner des repas équilibrés à l'école ( repas gratuits à midi). Promotion du sport. Tout ça à un moment, où les congélateurs devenaient accessibles et où on pouvait avoir des légumes "frais" en toute saison.
Le miracle n'est pas immédiat, il faut de la patience. Ici, il y a un résumé un peu plus scientifique que le mien et très complet :

https://www.inspq.qc.ca/.../1564_CarelieNordMouvSocSainesHabitudesV...

Or donc, il me semble que la population doit déjà pouvoir adhérer à un projet, admettre qu'il y a un problème. Si on se sent "vache à lait", ça ne marchera pas.
La seule taxation ne suffit pas. La prévention est compliquée et on sait que de vouloir même interdire la publicité pour le tabac ou l'alcool est perçu comme un abus grave par certains. Et tout ce manque à gagner !
Malheureusement, je pense qu'il faut qu'il y ait péril en la demeure, que la situation soit grave, pour qu'il y ait prise de conscience et que les pouvoirs publics puissent être perçus plutôt comme des soutiens que des pères fouettards et des rabat-joie.

Écrit par : Calendula | 19/04/2016

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