29/08/2016

L'initiative pour une économie verte et "la menace à la délocalisation", une manipulation politique néfaste pour la Suisse et ses futures générations

Il est bien étonnant de voir un conseiller national PLR (administrateur d’une entreprise de recyclage) se lancer dans deux quotidiens francophones du pays pour combattre la seule initiative qui lie libéralisme et écologie depuis plusieurs années sans avoir jamais donné aucun argument chiffré, mais en lançant uniquement des menaces à la délocalisation. Nous parlons bien de l’initiative sur laquelle nous voterons le 25 septembre prochain intitulée : « Pour une économie durable et fondée sur une gestion efficiente des ressources ». Il s’agit bien du problème des partis bourgeois du pays, brandir la menace à la délocalisation pour contrer avec facilité tout impératif de changements économiques, sociaux et écologiques dans notre pays. Ainsi, cette même menace (qui n’a jamais été démontrée économiquement ou scientifiquement) a été utilisée contre le retrait des forfaits fiscaux, contre le revenu inconditionnel de base ou encore contre l’introduction d’un salaire minimum. Ces trois mêmes mesures qui sont aujourd’hui prônées par les pays scandinaves qui sont en réalité les seuls pays auxquels nous pouvons nous comparer en termes de taille, d’économie et de stabilité sociale et politique.

Nous prendrons donc les « arguments » libéraux un par un pour démontrer qu’encore une fois, cette initiative, qui instaure un principe (dont la loi d’application et sa mise en œuvre sont encore à négocier) posant les premières pierres d’une nouvelle vision de l’économie suisse et de la responsabilité corporative. Tout d’abord, le concept « d’emprunte écologique »[1] qui représenterait un indicateur comportant des faiblesses à cause, je cite, « du traitement incertain réservé aux énergies nucléaires ». En effet, l’énergie nucléaire et son empreinte écologique (dont la production de gaz à effet de serre) sont calculés de la même manière que l’empreinte écologique des énergies fossiles. Selon les défenseurs du nucléaire, il n’y aurait pas d’« émission de gaz à effet de serre direct pour le nucléaire ». Pourtant, dans un article du Temps daté du 28 novembre 2007[2], Isabelle Chevaley (Coordinatrice de Sortir du Nucléaire) cite plusieurs études démontrant que dans l’ensemble de la production nucléaire[3], la production de gaz à effet de serre est réelle et augmente au cours des années, « si vous pensez qu'il est possible de remplacer le pétrole par du nucléaire, sachez qu'il faudrait construire plus de 10000 grosses centrales nucléaires pour y parvenir ». Contester le principe d’empreinte écologique pour minimiser les conséquences du type de production et de la consommation en Suisse sur la pollution globale est tout simplement une manipulation des plus malhonnêtes.

J’en viens ensuite à la fameuse « menace à la délocalisation » si l’on poussait à moyen et long terme les entreprises du pays à fermer les cycles de vie des matériaux et à ne pas épuiser les bassins de ressources naturelles sans qu’ils ne menacent l’environnement ou lui causent dommage. Une étude du Centre International de Recherche sur l'Environnement et le Développement (CIRED) datant de 2013[4] montre qu’un scénario de transition énergétique massive de l'économie, couvrant 118 branches de l'économie française, aurait un effet positif sur l'emploi de l'ordre de +240'000 emplois équivalant temps-plein en 2020 et 630'000 en 2030. Mieux encore, en Allemagne (où la transition est en marche), une étude du gouvernement[5] a démontré qu’entre 2006 et 2013, 170'000 start-ups d'économie verte ont vu le jour contribuant à 1.1 mio. d'emplois. La délocalisation et la désindustrialisation ne sont donc que des menaces improbables qui ont été scientifiquement contestées chez nos voisins faisant de la transition vers l’économie verte une obligation pour l’avenir de nos enfants et de nos entreprises.

Finalement, les détracteurs de cette initiative nous affirment que si nous agissons seuls, cela ne changera rien, qu’il vaut mieux continuer à produire et consommer comme nous le faisons actuellement pour se concentrer sur la diplomatie de l’écologie afin de convaincre les autres pays pour enfin se lancer. Ce n’est malheureusement, pour eux, pas le cas dans notre canton où il y a quelques semaines de cela, le directeur de l’Office cantonal de l’énergie (M. Olivier Epelly) rappelait que « depuis 2010, la consommation d’électricité a diminué de 3,5% alors que la population a augmenté de 5,7%. Cela signifie que, par habitant, la baisse se monte à 8,7%.»[6]. Le plus ironique c’est que cette baisse est principalement due « … aux entreprises, qui ont réduit leur consommation de 1% par an »[7] grâce à des réformes organisationnelles et logistiques proposées dans la dite initiative.

Quand on se targue de vouloir montrer l’exemple en œuvrant pour les « Accords  de Paris » tout en décrétant que « les objectifs nationaux annoncés doivent être réalisés et contrôlés, et les efforts de réduction des émissions doivent être régulièrement renforcés. »[8], il faut s’en donner les moyens. L’initiative « pour une économie verte » représenterait un réel moteur. Ainsi grâce à la transition économico-écologique, on garantit les efforts en vue de la protection climatique, de l’efficience des ressources et des importations « propres ». Cela nous permettrait, de plus de répondre à notre engagement international par rapport à l’accord climatique de 1,5-2°C conclu à Paris en décembre dernier.

 

[1] « la mesure de la consommation de ressources naturelles et de prestations de la nature et son expression en unité de surface ("hectares globaux") qui serait nécessaire à la production de ces ressources et prestations », Statistique suisse, Office Fédéral de la Statistique, http://www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index/themen/21/03/...

[2] https://www.letemps.ch/economie/2007/11/28/invitee-rechau...

[3] la teneur en uranium du minerai utilisé (elle varie d'une mine à l'autre) - la manière d'enrichir l'uranium (diffusion gazeuse ou centrifugation) - la source d'énergie pour l'enrichissement - la construction de la centrale - la démolition de la centrale - la gestion des déchets)

[4]http://www.negawatt.org/telechargement/Etude%20eco/Etude_...

[5] Green Economy Gründungsmonitor 2014, http://startup4climate.de/wp-content/uploads/2014/11/Wei%...

[6] http://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/Electricite--dep...

[7] Idem

[8] http://www.bafu.admin.ch/klima/13805/15238/?lang=fr

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