16/09/2015

Mais pourtant l’inégalité va mieux entre riches et pauvres en Suisse Monsieur Poggia ?!?

Quel étonnement que de lire la dernière interview de notre Conseiller d’Etat en charge de l’Emploi, des Affaires sociales et de la Santé tirant à blanc sur l’aide sociale dans notre canton alors qu’il présente des solutions allant dans le sens d’augmentations budgétaires pour ces travailleurs pauvres ou ces « sans emploi ». Le Temps titrait encore en août dernier « L’inégalité s’est légèrement estompée en Suisse »[1] mais de plus en plus de monde se retrouve à l’aide sociale à Genève, deux fois plus qu’il n’y a quatre ans et pourtant le chômage tend à se stabiliser ? La réponse se trouve dans le nombre de personnes étant en fin de droit et passées du chômage à l’Hospice Général qui ne sont pas prises en compte dans les calculs sur l’inégalité en Suisse. En bon gaucho que je suis, on me répondra que les statistiques économiques me donnent tort et que l’Etat n’a plus d’argent « pour assister les feignasses et les pauvres ». Pourtant ce constat amer ne me réjouit pas du tout, non la gauche ne se réjouit pas de l’augmentation du nombre de personnes à l’aide sociale, bien au contraire, c’est de l’argent dépensé au détriment de dépenses tout aussi importantes comme l’environnement, l’éducation ou les services publics.

Monsieur Poggia nous explique concrètement que « Plus de 25 000 personnes touchent des prestations complémentaires, leurs revenus propres étant inférieurs aux besoins vitaux. Un habitant sur quatre n’arrive pas à payer seul son assurance-maladie. Et 70% des résidents en EMS se font aider par le Canton ». Oui mais pourtant la gauche avait proposé des solutions pour commencer à sortir de ce paradoxe ; introduction d’un salaire minimum généralisé (ce que nous aimerions voir être discuté au niveau cantonal tout comme les Neuchâtelois l’ont fait), suppression des forfaits fiscaux (quelques 67 mio. de pertes potentielles invoquait le député Roger Deneys dans une interview au 24heures[2]), introduction d’une caisse de maladie unique avec contrôle d’Etat pour des primes raisonnables, etc. J’avoue que notre Conseiller d’Etat se distingue brillamment du parti duquel il porte les couleurs avec une analyse balancée, des chiffres clairs et une argumentation sur base de laquelle des compromis peuvent être négociés.

Mais voilà, dans un tel contexte, pourquoi proposer uniquement des baisses de budget et non pas proposer des réajustements budgétaires permettant d’augmenter les dépenses dans les politiques publiques permettant le retour à l’emploi, la baisse de l’inégalité ou l’amélioration de la situation des « sans formation » ? L’augmentation d’impôts est refusée au titre que 34% des Genevois ne paient pas d’impôts et que 10% d’entre eux ramènerait 65% des rentrées fiscales dans le canton mais dans le même temps, l’augmentation du salaire minimum est refusée. Dans la même interview, il démontre pourtant parfaitement où se trouvent les besoins ; « Cela commence par la formation et l’orientation des jeunes. On sait qu’il existe des formations, dans la santé par exemple, qui offrent davantage de débouchés qu’un CFC d’employé de commerce… Ensuite, il faut se donner les moyens d’adapter les compétences des personnes au marché de l’emploi ». Comment ne pas revenir sur les baisses d’impôts des plus riches mises en place par la droite, refuser la mise en place d’un salaire minimum et ne rien proposer de concret pour la réintégration des chômeurs de longue durée qui se traduisent dans les augmentations du nombre d’inscrits à l’aide sociale ? Réduire les dépenses sociales ne permettra pas un retour fantasmé par tant de personnes à l’équilibre budgétaire, il ne fera qu’augmenter encore plus l’inégalité et la précarité des travailleurs complétant leurs faibles salaires grâce à ces aides. Alors oui Monsieur le Conseille d’Etat, on ne peut pas avoir le beurre, l’argent du beurre et le c** de la crémière. Soyons ambitieux, arrêtons de divaguer sur les fuites fiscales des riches (compensées par les revenues de la suppression des forfaits fiscaux à Zurich) ou l’engagement hypothétique de plus de frontaliers à la place des futurs chômeurs. Travaillons pour de nouvelles politiques, essayons l’augmentation temporaire d’impôts pour les hyper-riches, investissons dans la formation d’un plus grand nombre et de meilleure manière (infirmières, médecins, chauffeurs de bus, policiers, professions de l’environnement, etc.), prêtons de l’argent aux entrepreneurs de moins de 30 ans qui se lancent dans les affaires et poussons les « sans formation » à trouver leurs voies. Et pourquoi ne pas même pousser vers des formations visant la transition énergétique à Genève ?!

Interview de Mauro Poggia dans un article de la TDG daté du 15 septembre 2015 ; http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/aider-discernemen...

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04/08/2015

Cher Monsieur Blancho, mesurez-vous la portée de vos actes ?

Je m’étonne de voir que votre nom, sûrement à tort, n’est cité que dans des débats où l’Islam et l’intégration des musulmans de Suisse sont questionnés. Il est en tout cas sûr et certain, qu’en tant que Suisse de culture musulmane, je ne m’identifie pas à votre interprétation de l’Islam et je me sens encore moins représenté par votre Conseil central islamique de Suisse. Je suis le premier à condamner l’acharnement que subissent les musulmans de Suisse depuis une dizaine d’années, souvent dû à des invectives médiatiques sans grand fondement ni sans grande portée intellectuelle. Mais voilà, il y a certains moments où les voix qui dorment se doivent de se réveiller pour se faire entendre.

Que ce soit lors vos interviews dans la presse écrite ou vos passages dans l’émission Infrarouge, vous vous êtes positionné notamment sur la Burqa (non pas que je sois en faveur de sa juridicisation) avec un argumentaire qui me dérange. Il en va de même pour vos positions sur la musique, les piscines mixtes ou encore l’enseignement islamique séparé du système public. Monsieur Blancho, plusieurs associations vous l’ont répété, non seulement vous ne représentez pas l’ensemble des musulmans de Suisse, mais de plus, vos points de vue et vos interprétations du Saint Coran sont largement contestés par une grande partie (voire même une majorité je dirais) des musulmans de Suisse.

Mais voilà, nous vivons dans un pays et sur un continent qui a encore trop de mal à accepter les musulmans comme partie intégrante de la population, ou comme citoyens à part entière. Une minorité devant de plus en plus se justifier par rapport aux actes de criminels agissant au nom de leur religion ou encore justifier le fait d’appartenir à une religion différente de la majorité. A ce titre Monsieur Blancho, les médias et certains citoyens considèrent (que trop souvent) vos propos et en tirent des conclusions qui bien souvent font du tort à vos frères et sœurs musulmans. Alors quand je lis que maintenant vous vous obstinez à vouloir porter une arme, mes cheveux se dressent sur ma tête ! Premièrement, si on se sent menacé de mort Monsieur, en Suisse (et non pas aux États-Unis), on fait appel aux services de protection de l’État et on porte plainte. Deuxièmement, depuis quand le président d’une association soi-disant « fondée pour être au service de la société et être un acteur pour un développement sauf de tout extrémisme » pourrait détenir une arme afin de se faire justice soi-même?

Et finalement Monsieur Blancho, vous n'êtes pas sans savoir que vos déclarations, votre comportement et votre vie plus en générale sont scrutés par les médias, que tout cela a des conséquences directes sur la vie quotidienne de milliers de musulmans de Suisse qui doivent faire face à un contexte difficile, constamment jugés et méfiés à leur travail, au sein des écoles, des universités ou bien au sein de leur entourage. Il n’est déjà pas facile de devoir assumer (à tort) vos positions bien trop souvent proches du hanbalisme alors que l’Islam suisse se rapproche bien plus du malékisme dans ses pratiques et sa culture. Mais en plus de çela, dans un tel contexte, nous devons assumer la demande de port d’arme d’un prétendu leader religieux censé représenter certains musulmans du pays. Avez-vous pensé à l’image que vous donnez aux Suisses non-musulmans et à l’opinion publique du pays plus en général, avez-vous pensé une seule seconde à la répercussion de votre acte dans les médias et à la portée qu’ils allaient lui donner ? Il n’est déjà pas facile d’assumer votre présence dans le paysage religieux suisse, alors je vous en conjure, MESUREZ LA PORTÉE DE VOS ACTES et réfléchissez à deux fois avant d’encore demander une exception de traitement juridique, c’est le plus grand geste que vous pourriez faire en faveur des gens que vous prétendez défendre.

Sources :

-         TdG : « Nicolas Blancho veut être armé », http://www.tdg.ch/suisse/Nicolas-Blancho-veut-etre-arme/story/10577056

-       LeTemps.ch : « Nicolas Blancho: de l’ennui à l’islam », http://www.letemps.ch/Page/Uuid/d6a1c640-4997-11df-bfe2-0...

-          Interview des représentants de l’Union des imams albanophones de Suisse : «Nicolas Blancho ne représente pas les musulmans modérés de Suisse!», http://cicad.ch/old_website/index.php?id=3752&tx_ttne...

-          Site du Conseil Islamique de Suisse, http://www.iman.ch/index.php/fr/presentation/2-presentati...

 

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06/07/2015

« Oxi, je suis grec »

« Non, je suis grec », voici les mots qui me sont venus à l’esprit quand j’ai appris avec beaucoup d’émotion le non grec. C’est sûrement la première fois en Europe qu’un peuple choisit par la voie des urnes de renvoyer le dictat de la finance à la maison. J’imaginerais bien Jean-Jacques Rousseau se frotter les mains de là où il est, lui qui prônait déjà (sans utiliser cette terminologie) à son époque le référendum comme arme principale de la dignité et comme outil premier de la démocratie. Ce sentiment de pouvoir se sentir Charly au lendemain des attentats de Paris, se sentir tunisien au lendemain des attentats de Sousse, et bien aujourd’hui, cette solidarité humaine, c’est avec le peuple grec que je la ressens tant j’aimerais que d’autres peuples aient leur courage.

Avant de lire l’édito de Benito Perez dans le Courrier d’aujourd’hui, je ne me rendais pas vraiment compte de la manipulation absolument à vomir à laquelle les Grecs ont dû faire face avant d’aller voter. Fermeture des banques sur ordre de la Banque Centrale Européenne (BCE), menaces de certains patrons sur les salaires de leurs employés en cas de non, sondages tendancieux vers le « oui » sans grand professionnalisme, etc. Et puis alors ce mépris des politiques de droite pour la démarche de Tsipras, crachant sur la démocratie grecque quand un référendum ne les arrange pas à commencer par le clown Nicolas Sarkozy, lui-même directement responsable d’une augmentation de 465 mia. de la dette publique française, de l’appauvrissement général et sûrement à l’origine de la crise de l’emploi à laquelle le pays fait face.Sans titre.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et puis je suis tombé sur le discours de Jean-Luc Mélenchon lors du Congrès du Parti de Gauche samedi dernier. On peut toujours critiquer l’homme sur la méthode et sur la forme de ces attaques, mais les chiffres et les faits qu’il avance pour décrire le processus d’attaque à mains armées que la Grèce a dû subir lors des négociations pour le remboursement de sa dette sont effarants. Ce dernier affirme avec raison que cette pression sur les Hellènes est principalement dûe au remboursement d’une facture de 1.5 milliards d’euros due au FMI. Cette somme paraît tellement dérisoire quand on sait que l’UE a concédé 42 mia. d’euros à l’Ukraine dans son plan d’influence anti-russe dont 3.4 mia. viennent d’être versés récemment sans grande condition. Pire encore, nous apprenons que la Banque Centrale Européenne aurait racheté grâce à des fonds vautours un peu plus de 1.9 mia. de dette grecque en titres à un prix dérisoire qu'elle retient à titre de réassurance, il aurait donc suffit d’un jeu d’écriture décidé par Bruxelles et sur fondement du Traité de Lisbonne pour que la BCE les vendent au FMI et que la facture en question soit réglée.

C’est bien connu, ni le FMI, ni la BCE ne veulent plier pour faire de la Grèce un exemple, qu’elle finisse comme l’Argentine de Kirchner, l’Islande à l’époque de sa crise bancaire ou encore comme Chypre entre 2012 et 2013. Mais voilà, quel que soient les réformes institutionnelles que la Grèce doit engager (baisse des dépenses militaires, couverture générale de l’imposition, révision de la gestion de certaines professions libérales comme les avocats, les dentistes, etc. etc.), les Grecs nous ont montré la voie, le référendum est saint (quand il est formulé constitutionnellement, MCG et UDC si tu m’entends…) et il est peut-être un nouvel outil pour faire face aux dictats financiers. Ce monstre de la finance, qui n’a souvent qu’un écho et une conception abstraite pour le commun des mortels, est devenu clair aujourd’hui, il a pris la forme du FMI et de la BCE, engageant une politique de remboursement insoutenable, créant, de facto, une pauvreté chronique qui fait de ce « discours de gaucho » (si souvent moqué et décrié par la droite en Europe comme en Suisse), une illustration limpide de sa réalité.

La Grèce a montré la voie, si nous avons bon espoir que l’Espagne puisse renégocier les termes de ses remboursements grâce à Podemos, nous aimerions voir la même chose en Italie, au Portugal, en France et comment ne pas penser à la Tunisie…

Sources :

http://www.lecourrier.ch/node/131144

https://www.youtube.com/watch?v=_-wZnQ0NoPQ

http://blogs.mediapart.fr/blog/renelle/010413/les-chiffre...

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