Moins de 30 ans, et alors ?

  • Lettre ouverte aux musulmanes et musulmans de Suisse : la plus grande mosquée du pays est enfin à vous, il est temps de vous l’approprier et d’en faire la vitrine de l’Islam suisse !

    Si la mosquée de Genève a près de 42 ans aujourd’hui (inaugurée en 1978), elle n’a malheureusement pas toujours eu le droit aux meilleurs échos dans la presse suisse. La fondation culturelle islamique (FCI) qui gère le plus grand centre islamique de Suisse a été créée par Ligue Islamique Mondiale (LIM), principale organe de diplomatie religieuse et de propagande du royaume d’Arabie Saoudite. Une tutelle qui s’est traduite par une mauvaise gestion, des scandales à répétition, un financement et une gouvernance opaque et surtout, l’absence de processus participatif et inclusif pour l’ensemble des associations culturelles et religieuses musulmanes de Suisse qui auraient dû avoir un droit de regard sur la gestion du plus grand lieu de culte du pays. Mais c’est une annonce historique qui a été faite dans Le Matin Dimanche du 19 janvier dernier puisque : « la gestion et le financement du lieu de culte du Petit-Saconnex ne seront plus assurés par la Fondation culturelle islamique, détaille encore le Secrétaire général M. Mohammad Abdulkarim Alissa[1] »

    Comme le rappelle Pierre Conesa dans son livre "Dr. Saoud et Mr Jihad. La diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite" (Robert Laffont : 2016) ; « La LIM est une Organisation non gouvernementale (ONG) reconnue par l’ONU et elle est le véritable bras armé de la diplomatie religieuse du royaume : elle vise tout simplement à soutenir l’islam dans le monde, dans sa version wahhabite. Créée en pleine « guerre froide arabe » (page 99), elle est le miroir de la Ligue Arabe mise en place par Nasser en 1956. La LIM est présente dans 120 pays et contrôle 50 grands lieux de culte en Europe, dont la mosquée de Mantes-la-Jolie. Elle joue aussi un rôle consulaire dans les pays où Riyad n’a pas d’ambassade, et peut parfois se substituer, dans les faits, à la diplomatie officielle (page 100). Elle est dotée d’un budget exceptionnel de 5 milliards de dollars par an, chiffre qui grimpe à 7 milliards de dollars en moyenne annuelle en intégrant les dons royaux directs ou les contributions privées, ce qui correspond aux importations saoudiennes d’armement[2]. »

    Si la Suisse a connu cette mosquée tant pour ses imams fichés « S » que pour des prêches qui ont eu été problématiques, il est grand temps maintenant que les musulman.e.s du pays se l’approprient et en fassent une mosquée bien suisse comme l’affirme Monsieur Hafid Ouardiri (directeur de la fondation de l’entre-connaissance et ancien porte-parole de la mosquée) dans les colonnes du 20minutes résumant le défi de la manière suivante : « une bonne nouvelle», mais en même temps d’«un grand défi. Les musulmans pourront-ils le relever après 40 ou 50 ans passés sans jamais se soucier de comment cette mosquée fonctionnait[3]. ». Pendant trop longtemps, des « spécialistes de l’islam progressiste » et autres « experts » de l’Islam en Suisse ont pris la parole publiquement dans les médias pour dépeindre une situation catastrophique et pour montrer du doigt la mosquée du Petit-Saconnex. Il la désignaient comme principale responsable de tous les maux de musulman.e.s du pays sans avoir une approche réaliste et pluraliste de leur analyse qui prendrait en compte les avis des associations de musulman.e.s par exemple.

    Il est grand temps que le plus grand lieu de culte musulman de Suisse entreprenne un vrai virage démocrate pour les musulman.e.s du pays, qu’il s’approprie et vulgarise l’Islam suisse et qu’enfin, il joue un rôle de pont entre les musulman.e.s de Suisse eux/elles-mêmes et les autres religions, ainsi qu’avec les athées qui pourraient s’y intéresser. La plateforme interreligieuse de Genève compte aujourd’hui sept organisations musulmanes membres[4], autant de courants et de pratiques de l’Islam suisse qui doivent avoir voix au chapitre dans la future organisation et gouvernance de la mosquée du Petit-Saconnex. Il ne s’agit peut-être pas de s’inspirer totalement du modèle français et de son Conseil français du culte musulman tant décrié pour son approche étatisée, sa distance avec le terrain et les fidèles, ses réalités, ainsi qu'avec les divers courants musulmans en France. L’avantage ici est historique, nous sommes à l’an 0 d’une nouvelle ère et d’une nouvelle gouvernance pour le lieu de culte musulman le plus important du pays. Libre aux musulman.e.s de Suisse de se l’approprier, d’en dessiner les contours, d’en inventer les règles de vie commune dans le respect de la pluralité des pratiques, des courants et bien sur de la loi. La création d’un organe consultatif afin que les musulman.e.s de Suisse puissent voter et se prononcer, une délégation à l’ensemble des associations musulman.e.s de Genève et de Suisse, ou encore la création des États généraux de l’Islam suisse afin de réunir tout les acteur.trices du pays. Autant de possibilités que les musulman.e.s doivent saisir maintenant, cela sera le seul moyen d’éviter que le plus grand lieu de culte du pays ne soit encore accaparé par d’autres pays qui lorgneraient sur l'établissement pouvant servir, encore une fois, de haut lieux de propagande à rayonnement européen.

    Faute de proactivité de la part des organisations et des musulman.e.s de Suisse en général, faute d’événements culturels voire cultuels suffisamment médiatisés, l’Islam de Suisse n’a pas une place de choix dans nos médias. Les musulman.e.s de Suisse sont plus souvent médiatisés et stigmatisés pour des affaires que pour ce qu’ils/elles amènent de positif à la Suisse (et pourtant les exemples ne manquent pas). A tel point que cela participe à la normalisation du racisme anti-musulman.e.s en Suisse qui le place à la deuxième place nationale derrière le racisme anti-noir.e.s[5]. La mise en place d’une gouvernance et d’un Islam 100% local ouvert sur Genève, la Suisse et le monde, créant des liens avec les autres religions, les athées ainsi que les autorités municipales, cantonales et fédérales, autant de défis qui participeront à la lutte contre le racisme anti-musulman.e.s dans notre pays. Les cours de langue sont aussi un bel exemple de lien social, les cours de religion(s) ou encore les événements inter-religieux ou culturelles (comme les débats, etc.). La gouvernance de cette mosquée, sa symbolique et l’occasion historique qui se présente rappellent que l’Islam est bien une des religions minoritaires importantes de Suisse. Elle a sa place comme toutes les autres et participe au vivre ensemble au même titre que les autres religions minoritaires du pays. Il n’y a rien de plus suisse et de plus démocrate qu’être musulman.e.s et demander à ce que la plus grande mosquée de Suisse soit gouvernée de manière représentative, participative et inclusive. Après tout, Dituria[6] est une belle réussite de la mobilisation de la communauté albanophone à Plan-les-Ouates qui a su lever des fonds pour un financement suisse venant directement des contributions de la communauté à Genève pour la construction d’un centre culturel et un lieu de prière qui accueillent les musulman.e.s, les non-musulmane.s et les athées lors de différents événements. La construction et la mise en place du Centre Dituria qui compte une communauté de 15'000 membres ont aussi été appuyées par le Bureau d’Intégration des Étrangers (BIE) du canton ainsi que la Plateforme Interculturelle de Genève. Dituria a d’ailleurs « remis aux autorités communales une charte de l'Union des imams albanais de Suisse et de la Communauté islamique des Albanais de Suisse qui reconnaît notamment la laïcité, la liberté de conscience, l'Etat de droit et les valeurs du pays d'accueil[7]. »

    Si ni l’État et ni la Ville de Genève n’ont à interférer dans le processus participatif requis par la nouvelle gouvernance de la mosquée du Petit-Saconnex, les autorités cantonales et municipales peuvent par contre jouer le rôle de « bons offices ». Au même titre que la convocation d’États généraux de la santé ou autre, les autorités, au nom de la fameuse « loi sur la laïcité de l’État » tant décriée et remise en cause par la Chambre constitutionnelle de la Cour de Justice[8], pourraient convoquer les États généraux de l’Islam suisse afin de mettre à disposition un espace de dialogue et de négociation aussi inclusif que participatif possible. Il serait également de bon augure de mettre en place les dispositions nécessaires pour que les communautés musulmanes de Genève puissent enfin lever les contributions religieuses volontaires (impôts ecclésiastiques) comme le permet l'art. 5 de la nouvelle loi sur la laïcité de l’État (non sans complication du processus).

    Musulmanes et musulmans de Suisse, il est temps de vous manifester, de faire de votre religion une composante de ce qui fait la Suisse d’aujourd’hui, de vous organiser sans avoir peur, de répondre aux attaques, dénoncer le racisme et la stigmatisation à votre égard, puis d’instaurer finalement beaucoup de suissitude dans votre plus grand lieu de culte national. Si Genève a été pionnière en Suisse en matière de formation des imams (même si la formation de l’Université de Genève a été avortée faute d’inscriptions suffisantes et faute d'inclusion des associations musulmanes), la Mosquée de Genève doit jouer ce rôle précurseur et fédérateur comme le recommande Mme Mallory Schneuwly Purdie du Centre Suisse, Islam et Société de l’Université de Fribourg[9]. Un lieu de philosophie à dimension cantonale, fédérale voire européenne permettant, je cite, « s’interroger sur la construction de l’Islam de Suisse, le rôle des musulman.e.s dans les discours sur l’Islam public en Suisse, un espace d’autoréflexion qui permet de se poser les vraies questions y compris au niveau idéologique, voire même de prendre le taureau par les cornes et aborder les sujets qui fâchent »

    Omar AZZABI, conseiller municipal Vert.e.s en Ville de Genève et candidat aux élections municipales 2020

    [1] https://www.lematin.ch/suisse/mosquee-remise-musulmans-suisse/story/28090213

    [2]https://www.fondation-res-publica.org/La-diplomatie-religieuse-de-l-Arabie-saoudite-une-industrie-ideologique_a1046.html

    [3] https://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/mosquee-17792481

    [4] Association islamique et culturelle d’Ahl-el-Bayt de Genève, Centre islamique de Genève, Fondation culturelle islamique (Mosquée de Genève), Fondation de l’Entre-connaissance, Association culturelle des Bosniaques de Genève, Association culturelle des musulmans albanophones de Genève (Dituria)

    [5] https://www.letemps.ch/suisse/2018-pres-300-incidents-racistes-ont-recenses-suisse

    [6] https://www.rts.ch/play/tv/12h45/video/lassociation-dituria-inaugure-un-centre-culturel-et-cultuel-a-plan-les-ouates-entretien-avec-xavier-magnin?id=8611129

    [7] https://www.tdg.ch/suisse/nouvelle-mosquee-musulmans-albanophones/story/10717657

    [8] https://www.letemps.ch/suisse/signes-religieux-retour-parlements-genevois

    [9] https://www.rts.ch/play/tv/forum-video/video/la-mosquee-de-geneve-peut-elle-saffranchir-de-la-tutelle-saoudienne-interview-de-mallory-schneuwly-purdie?id=11026395

  • Jeunesse genevoise, lève-toi et vote !

    Au sortir d’un débat sur la jeunesse avec seulement 6 candidatEs au Conseil d’Etat organisé par le Groupe de Liaison Genevois des Associations de Jeunesse (GLAJ-GE) la semaine dernière, je me posais la question de l’attention qu’on portait à ce sujet dans le cadre de cette campagne. Autant vous dire que le constat est malheureux. Déplorons tout d’abord l’absence de l’Entente (majoritaire au Grand Conseil) lors de cette discussion importante où aucun des candidatEs du PLR et du PDC ne s’est mobilisé. En outre, je repensais au « Grand Débat » organisé en direct par Léman Bleu[1] mardi dernier où l’ensemble du gratin politique de la République était réuni pour discuter des « grands sujets », mais où pas une seule fois la question de la jeunesse n’a été abordée. Voici donc ce qui m’a poussé à rédiger cet appel à la jeunesse genevoise qui ne vote encore que trop peu souvent mais qui est touchée de plein fouet par les politiques cantonales actuelles.

    Le mois de mars 2018, à l’aube des prochaines élections cantonales, a été révélateur pour la jeunesse genevoise. La Tribune de Genève[2] a tout d’abord exposé les résultats d’une enquête de l’Office Fédéral de la Statistique affirmant que près 17% moins de 25 ans à Genève sont sans diplôme alors que la moyenne suisse de trouve un peu plus de 9%. Nous y apprenons également que près de 1000 jeunes quittent leur formation chaque année. Même s’il existe des institutions comme Cap Formations pour accompagner ces jeunes, le phénomène est alarmant et significatif de la situation actuelle du marché du travail que j’ai moi-même vécu. De même et dans un article du Temps[3] daté d’il y a un an, nous apprenions qu’un jeune sur quatre est endetté et que plus de 80% des personnes surendettées ont contracté leurs dettes avant l’âge de 25 ans. Concernant la complexification de la situation des étudiants dans le pays, l’Office Fédéral de la Statistique confirme les tendances actuelles qui sont préoccupantes par le biais d’une enquête[4]; près de ¾ d’entre eux/elles exercent une activité rémunérée pendant leurs études, seul 40% ont la possibilité d’habiter chez leurs parents et 12% contractent des dettes liées à leur étude.

    D’un autre côté et à priori moins alarmant, au début du mois de mars dernier, notre Parlement a refusé un projet de loi à propos de la création d’un Conseil de la Jeunesse accompagné d’un poste de « Délégué à la jeunesse »[5]. Cela n’a l’air de rien mais malgré une association aussi active et inspirée que le Parlement des Jeunes Genevois (PJG) (http://pjgenevois.ch/) ou des initiatives comme CinéCivic poussant les jeunes à faire des courts-métrages pour inciter la jeunesse à voter, la participation moyenne des moins de 29 ans s’établissait à un peu moins de 47%[6] en 2015. Hormis le PJG qui reste une association qui n’a d’autres pouvoirs que d’essayer d’attirer la sympathie des politiques, existe-t-il un vrai mécanisme d’inclusion et de reddition de comptes aux jeunes genevois où leurs voix sont entendues. A l’image d’un Grand Conseil vieillissant et masculin (56,3 ans de moyenne d’âge[7] pour seulement 24 femmes et 12 députés de moins de 40 ans sur un total de 100 sièges en 2013, rappelons-le), il ne suffit pas de dire à ces jeunes, « allez voter ou ne vous plaignez pas ». Le Parlement a majorité de droite a souvent le don de prendre des décisions allant à l’encontre du soutien à la jeunesse que ce soit en matière de politique sociale ou culturelle. Que ce soit les exigences de plus en plus élevées de l’Office Cantonal de l’Emploi en matière d’accès au droit au chômage (possible seulement 6 mois après diplomation) ou le refus d’intégrer un salaire minimum pour les stagiaires dans le canton, l’entrée des jeunes sur le marché de l’emploi se fait de plus en plus précaire. Mais quand il s’agit de discuter de prévisions budgétaires ou de se plaindre du fait que 34% des genevois ne paient pas d’impôts[8] ou encore que 20% de la population genevoise ne vit qu’avec 3000 chf par mois[9], ce sont toujours les plus vieux et les plus masculins qui prennent les décisions touchant en priorité les plus jeunes. Tout ceci est paradoxal alors que ces députés vivent loin de leur réalité et dans une nostalgie de leur jeunesse qui est révolue et incomparable avec celle de nos jeunes actuellement (dans lesquels je m’inclus volontiers).

    Le Parlement des Jeunes Genevois nous le rappelle pour les élections cantonales à venir[10], sur 31 postulants au futur Gouvernement, seuls 2 d’entre eux ont moins de 30 ans. Concernant le Législatif, je ne suis pas peu fier d’appartenir à une famille politique qui fait le pari de la jeunesse en présentant 16 Jeunes VertEs de moins de 30 ans[11], mais à voir les autres partis dont les majoritaires, cela reste préoccupant ; EaG : 8 / PS : 8 / PLR : 6 / PDC : 5 / UDC : 9 / MCG : 5 (seulement 73 candidatEs de moins de 30 ans sur un total de 621 candidatEs pour 100 sièges à l’arrivée). Il est sûr que je préfère voter pour des idées plutôt pour un sexe ou une moyenne d’âge, mais la réalité de notre Parlement nous pousse aujourd’hui à faire un constat urgent, il est absolument nécessaire d’élire des députés avec une plus grande proportion de femmes et de jeunes, il en va du soutien à la jeunesse genevoise qui n’a été que trop rare durant ces 5 dernières années. La législature à venir pourrait représenter un tournant pour les jeunes et leur accès au premier emploi et au logement. Que ce soit l’élargissement des bourses d’étude ou la réduction du traitement de leur dossier de demande, le salaire minimum des stagiaires (à l’image des avocats stagiaires qui en disposent d’un à 3500 chf par mois[12]), le prix de l’assurance maladie pour les jeunes (plafonné à moins de 10% des revenus annuels si l’initiative de l’Alternative est acceptée[13]) ou encore la possibilité de créer une garantie loyer d’Etat (pour le premier logement) ou mettre en place une répartition des nouveaux logements destinée en priorité à des jeunes en formation ne disposant pas d’alternative parentale, ne sont là que quelques besoins qui devraient être exigés par la jeunesse du canton. Malheureusement pour elle et au vu de la composition actuelle du Grand Conseil, l’espoir est mince voire maigre. Dès lors, il ne lui appartient plus qu’à changer la donne pour enfin entrevoir des solutions aux problèmes grandissants auxquels elle fait face. Cela commence dès le 15 avril prochain lors des élections cantonales 2018…

    Je dis donc ; « JEUNESSE GENEVOISE, LEVE-TOI ET VOTE »

     

    [1] http://www.lemanbleu.ch/fr/News/Le-grand-debat-des-elections-mardi-27-mars.html

    [2] https://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/jeunes-formation-triste-record-genevois/story/18755907

    [3] https://www.letemps.ch/suisse/geneve-surendettement-jeunes-juge-alarmant

    [4] https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home/statistiques/education-science/personnes-formation/situation-sociale-economique-etudiants.html

    [5] https://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/conseil-jeunesse-explose-decollage/story/21311542

    [6] https://www.ge.ch/cinecivic/statistiques.asp#ge

    [7] https://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/candidat-dismoi-viens/story/26705322

    [8] https://www.tdg.ch/signatures/reflexions/34-des-Genevois-ne-paient-pas-d-impots-Fautil-les-taxer/story/16877240

    [9] https://www.tdg.ch/economie/argentfinances/pauvrete-s-etend-geneve-projecteurs/story/21867916

    [10] https://www.facebook.com/PJGenevois/posts/2044885562205799

    [11] https://www.facebook.com/jvge.ch/posts/1613362555368343

    [12] https://www.letemps.ch/suisse/avocats-genevois-modernisent-code-moral

    [13] https://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/gauche-veut-plafonner-primes-assurancemaladie-10-revenu/story/27318352

  • Quels imams pour la Suisse, et donc quelle Suisse pour ses musulmans ?

    En sortant de ce débat sur Infrarouge, nous restons plus ou moins perplexes par rapport à l’avenir des musulmans dans notre pays.

    Nous pensons plus particulièrement aux moyens que nous voudrions nous donner en Suisse pour, tout d’abord, que les musulmans se sentent à égal avec leurs concitoyens, autres croyants ou non-croyants. Ensuite, quels moyens veut-on se donner pour éviter « les dérives » puisqu’elles viendraient de la pratique de l’Islam en Suisse. C’est le sentiment de vouloir le beurre, l’argent du beurre mais sans vouloir payer la crémière. Une société civile qui fait des propositions concrètes pour l’encadrement de l’Islam en Suisse, prévenant les dérives et surtout, qui dénonce des problèmes de fond. En face, des politiques qui ne sont pas à l’écoute, qui ignorent la réalité de cette communauté et qui ne proposent que des solutions de répression, en d’autres « maux », les mêmes causes ayant amené la France et les pays musulmans aux dérives auxquelles ils font face.

    A l’heure actuelle, la Suisse ne propose politiquement que deux réponses pour garantir un traitement égalitaire, « l’intégration » (peut-on encore remettre en cause celle de l’ensemble des musulmans en Suisse) et prévenir les « dérives » d'une très petite minorité musulmans du pays :

    1. Le contrôle du financement de leurs lieux de culte (interdiction du financement étranger)
    2. La langue des prêches qu’ils suivent (imposition d’une langue nationale)

    La première proposition va de soit pour l’ensemble des acteurs, la deuxième est plus que discutable puisque l’interprétation des textes de l’Islam est complexe et peuvent donc être difficilement prêchés en français, en suisse- allemand, en italien ou en romanche. En effet, le prêche, se basant sur des sourates du Coran (et d’autres sources) dont le sens et l’origine ne peuvent être compris que par un travail dialectique et linguistique de l’arabe, ne peut, de facto, pas se faire dans une seule langue excluant l’arabe. Ce, d’autant plus que les pratiquants en Suisse l’accepteraient difficilement pour leur pratique religieuse foncièrement attachée à la compréhension, la contextualisation et la réflexion philosophique à propos des versets en arabe. Rajoutons aussi le fait que ces pratiquants ne sont pas toujours parfaitement bilingues et que le prêche dans leur langue d’origine (comme le turc, l’albanais, etc.) aide beaucoup à l’intégration de certains nouveaux arrivants. Ceci n'exclue pas bien entendu des prêches bilingues qui reconcilieraient les visions opposées.

    Le problème du débat dans son ensemble, est qu’aucune  proposition en dehors du contrôle et de la répression n’est discutée dans le pays. Alors, on ajoute à la suspicion grave à l’égard de l’ensemble des musulmans du pays, un message négatif, répressif et accusateur sans pour autant leur assurer des moyens à l’égal des autres minorités religieuses du pays. A Genève par exemple, quand un semblant d’espoir voit le jour avec un « programme de formation continue pour les imams », il est détruit d’avance pour une question de laïcité. Celle-ci est bien trop souvent mal comprise et définie de manière malhonnête (comme cela a été le cas de la députée d’Ensemble à Gauche sur le plateau ce soir-là). Mais alors que fait-on ? Nous voulons des musulmans bien intégrés, des imams modérés qui respectent la loi et qui soient aussi peu visibles que possible mais sans vouloir intervenir au niveau de l’Etat pour permettre à l’Islam de Suisse de rassurer ses détracteurs. C'est un peu la main invisible d'Adam Smith et l'auto-régulation des marchés, les musulmans de Suisse doivent s'auto-réguler, être invisibles, s'autofinancer, et surtout, sans pouvoir demander de soutien étatique.

    Il existe pourtant des pistes qui ont fait leurs preuves ailleurs comme au Danemark[1]. Ce pays qui assure une intégration inclusive, où les musulmans sont pris en compte et vivent moins de discrimination qu’ailleurs. Et où de surcroît, on réussit à déradicaliser et ainsi diminuer significativement les départs vers la Syrie. Hormis la reconnaissance de l’Islam en Suisse, qui permettrait, par exemple, tout comme les chrétiens de ce pays, de prélever un impôt ecclésiastique afin de soutenir l’entretien des lieux de culte, la formation des imams et le défraiement de leur activité, il existe d’autres pistes.

    Puisque la question religieuse est du ressort cantonal, pourquoi ne pas penser à une conférence inter-cantonale sur les questions religieuses qui assurerait le contrôle, le soutien logistique et financier de l’ensemble des lieux de cultes et des prêches du pays (en acceptant le principe constitutionnel qui affirme que l’on ne peut pas traiter les musulmans différemment des autres croyants de ce pays). Pourquoi ne pas permettre aux fédérations religieuses (comme la Fédération d'organisations islamiques de Suisse) d’inspirer une formation universitaire certifiante et conditionnelle pour la pratique en lieux de culte en Suisse.

    Le vivre ensemble et la prévention des dérives ne passeront que par l’acceptation par l’ensemble des citoyens suisses, dans le cadre de la loi, des communautés religieuses qu’ils connaissent moins. Mais cela passe également par les moyens mis à disposition de ces mêmes communautés religieuses pour qu’ils puissent vivre leur citoyenneté et leur religion à l'égal de l'ensemble de leurs concitoyens.

    [1] https://www.tdg.ch/suisse/La-Suisse-veut-s-inspirer-du-modele-danois-de-lutte-contre-la-radicalisation/story/17458769