Moins de 30 ans, et alors ? - Page 4

  • Un Suisse à la quête perdue des Nations Unies

    Il y a bien longtemps, un jour de juin 2005, après l’obtention d’une maturité gymnasiale, l’idée d’opter pour une carrière au sein de la prestigieuse organisation des « Nations Unies » commença à germer. Comme d’autres jeunes universitaires suisses, après tout, je pouvais y croire ; avec un diplôme m’ouvrant les portes de l’université, maîtrisant certaines bases de l’allemand, pensant avoir un niveau d’anglais qui me permettrait de travailler et d’autres langues que j’ai acquis grâce à l’aide de la génétique familiale. Voilà que s’annonce un parcours, un très long parcours auquel je n’étais pas préparé et pour vous le dire franchement, un parcours jonché d’obstacles auquel on ne vous prépare pas. Aujourd’hui à l’âge de 30 ans, comme d’autres suisses, avec un master, 4 langues, 1 an et 8 mois de stages non rémunérés et un an de terrain en tant que volontaire, je n’entrevois pas de perspective claire tout en m’accrochant à mon rêve professionnel.

    Commençons par le commencement, pour obtenir le Graal, c’est-à-dire, un premier poste de « staff » aux Nations Unies en tant qu’universitaire, ce qu’on appelle un « P2 », autrement dit un poste « niveau d'entrée des professionnels »[1], je vais prendre exemple sur un poste commun de Juriste adjoint au département des affaires économiques et sociales auprès de l’Assistance des Nations Unies aux procès des Khmers rouges (UNAKRT)[2] :

    • Compétence : professionnalisme (incluant les connaissances techniques), esprit d’équipe, Aptitude à planifier et à organiser,
    • Formation : Diplôme universitaire du niveau de la maîtrise ou, à défaut, peut être accepté un diplôme universitaire de premier cycle assorti d’une expérience professionnelle pertinente
    • Expérience professionnelle (et ça se gâte) : Au moins deux années d’expérience professionnelle pertinente dans le domaine des procédures judiciaires et/ou du droit pénal international. Une expérience en qualité d’agent juridique ou de juriste au sein de tribunaux internationaux ou du corps judiciaire d’un tribunal pénal national est hautement souhaitable)
    • Connaissances linguistiques : Le khmer, l’anglais et le français sont les langues de travail officielles des CETC. Le titulaire de ce poste devra maîtriser l’anglais écrit et parlé. La connaissance du français est très souhaitable. La connaissance du khmer est un atout.

     

    En toutes logiques et avec de telles exigences je vais, comme beaucoup d’autres, entreprendre un bachelor en relations internationales pendant lequel nous sommes un peu plus de 400 étudiants au commencement pour terminer diplômé parmi un peu plus de 40 étudiants et c’était en 2010 déjà (entre 2013 et 2015, ils étaient 1056 sur les trois années confondues en bachelor et 156 seulement en master[3]). Ayant été averti de la chose, je sais que mon diplôme ne m’ouvrirait pas les portes de l’emploi, qu’il me faudrait un master, la maîtrise d’au moins deux ou trois langues et surtout deux années d’expérience (comme annoncé dans les termes de référence ci-dessus). Je prends donc le soin de faire un master (à l’étranger et grâce à un prêt pour donner un petit plus à mon CV dans l’international) et je choisis d’investir un certain temps et de l’argent en partant chercher de « l’expérience » sans savoir qu’elle serait peu ou pas payée du tout ; un été à l’Office des Nations Unies à Genève comme un peu plus de 4000 autres jeunes dans le système des Nations Unies[4] (non-payé et n'étant comptabilisé qu'à 50% dans le calcul d'expérience, paraît-il que cela coûterait trop cher et que l’acquisition d’une prestigieuse expérience labélisée serait suffisante[5]), 6 mois au Mexique dans une ONG dans les droits de l’homme (j’en profite pour prendre des cours intensif et obtenir un niveau bilingue en espagnol) et 4 mois auprès d’une ONG internationale dans l’humanitaire à Genève (à 1000 francs par mois). En outre, pendant mon master, je prends le temps de trouver un emploi d’étudiant (pendant 7 mois) dans la récolte de fonds que je pourrais ajouter à mon CV et un service civil en coopération internationale pour en finir avec mes obligations militaires (où je touche pour la première fois une allocation pour perte de gain à un niveau équivalent à ma valeur marchande en fonction de mon CV). Les années passent et la perspective d’un job stable est encore lointaine, en effet, nous sommes en septembre 2014, j’ai 28 ans et je passe 6 mois au chômage en plus de ce tumultueux parcours.

     

    Après plus de 250 candidatures individualisées et soigneusement préparées, je réussis finalement à décrocher un poste de « Volontaire des Nations Unies (VNU) » payé à un peu plus de 1500$/mois dans mon pays d’affectation. Vous vous dites sûrement que c’est le début de ma carrière, et bien non, ce poste de « jeune volontaire », financé par la Confédération, n’offre qu’une seule année de contrat sans aucune garantie d’embauche à moins d’obtenir une proposition de l’agence des Nations Unies qui vous accueille. Malheureusement, mon agence, une des plus pauvres du système, n’a pas les moyens de m’embaucher et me voilà en train de préparer mon retour en Suisse pour me remettre encore une fois, à l’âge de 30 ans, à la recherche de cette quête perdue d’un poste stable aux Nations Unies ou ailleurs dans la coopération.

     

    Grandissant dans cette Genève internationale, multiculturelle et polyglotte, faire des études et trouver son chemin à travers les tumultes de la coopération internationale parait de plus en plus difficile sans pour autant voir d’éclairs d’espoir dans le ciel des générations à venir. Il est vrai que nous sommes la deuxième capitale mondiale de la diplomatie derrière New York, que nous possédons des jeunes motivés, prêts à travailler et à voyager dans de modestes conditions, malheureusement je me dois d’être honnête pour vous dire que ni l’université, ni les autorités ne vous y aideront. Dans une ville comme Genève, il est dommage de laisser sur le carreau les élèves venant des milieux modestes rêvant d’une carrière dans la coopération internationale au profit des familles les plus aisées (puisque devant payer l’apprentissage de langues et d’années de travail peu ou pas payées comme le prouve une étude de l’Association Genevoise des Stagiaires ; 68% des stagiaires ne touchent pas d’argent[6]). Nous avons cette chance de pouvoir miser sur une population avec 41% d’étrangers (cf. 2013[7]) et 59% de suisses dont au moins 16% (en 2000[8]) avait une deuxième nationalité. Autant d’avance démographique, culturelle et linguistique dont nous ne profitons pas puisque certains d’entres eux, sortant des profils types du chômage, n’arrivent pas à trouver d’emploi stable. A celles et ceux qui liront ce billet et/ou qui se reconnaitront lors de sa lecture, et spécialement à ceux qui décideront d’entreprendre cet ambitieux rêve de carrière, accrochez-vous, « Post tenebras lux» (« Après les ténèbres, la lumière »).

     

    [1] Careers.un.org, « Catégories de personnel »; https://careers.un.org/lbw/home.aspx?viewtype=SC&lang=fr-FR

    [2] Careers.un.org, « Termes de référence d’un poste de juriste adjoint » ; https://careers.un.org/lbw/jobdetail.aspx?id=54107

    [3] Bureau de la statistique de l’UNIGE, « Données sur les étudiant-e-s » ; http://www.unige.ch/dadm/stat/index.php/download_file/view/145/144/

    [4] Economist.com, « Why the UN doesn’t pay its interns »; http://www.economist.com/blogs/economist-explains/2015/08/economist-explains-15

    [5] Washington Post, « Why the United Nations doesn’t pay its interns » ; https://www.washingtonpost.com/news/worldviews/wp/2015/08/14/why-the-united-nations-doesnt-pay-its-interns/

    [6] Swissinfo.ch, « la galère des stagiaires » ; http://www.swissinfo.ch/fre/esclavage-moderne_la-gal%C3%A8re-des-stagiaires-de-l-onu/41465746

    [7] Statistiques Genève, Canton GE, « bilan et état de la population du canton de Genève en 2013 » ; http://www.ge.ch/statistique/tel/publications/2014/informations_statistiques/autres_themes/is_population_04_2014.pdf

    [8] Statistiques Genève, Canton GE, « Les binationaux dans le canton de Genève » ; http://www.ge.ch/statistique/tel/publications/2005/analyses/communications/an-cs-2005-24.pdf

  • Je suis un VRAI républicain!!!

    A défaut de vouloir donner quelconque crédit à ce nouveau parti de la honte qui n’a de « républicain » que le nom, je m’en réfère à ces compatriotes qui ont déjà voté ou qui n’ont pas encore voté. J’ai envie de vous dire « Lève-toi et marche »! Dimanche prochain, le 13 décembre 2015, vous avez l’occasion de vous faire entendre. Il est vrai que je suis fatigué par ces lendemains d’élections noirs, que j’ai envie d’abandonner les régions au bleu marine afin que les gens subissent et comprennent la dangerosité de leurs choix comme c’est le cas aujourd’hui à Bézier ou à Hénin-Beaumont, mais voilà #JeSuisUnVraiRepublicain…

    Être un vrai républicain, c’est savoir se lever quand l’heure est grave, parce que tu sais que Marine n’a que pour programme la peur, la sortie de l’Euro, la haine identitaire et l’enfermement du pays autour d’une ceinture policière et militaire. Être un vrai républicain, c’est te rappeler qu’au lendemain des élections, Marion a tweeté « on a gagner », qu’elle n’a pas su donner un seul exemple de politique sociale régionale à un journaliste qui lui posait la question. Être un vrai républicain, c’est être capable de marquer ton mécontentement par l’abstention c’est vrai, mais c’est aussi savoir reconnaître l’alarme quand elle sonne à ta porte en te disant que tu peux limiter le pire avec un deuxième tour. Alors que de dégoût pour un « gauchiste » comme moi que de devoir voter "Les Républicains". Mais voilà, à choisir entre une région Marine et une région "Union de la droite" (qui inclut l'aile modérée de LR), il faut choisir le moindre mal tout en me disant qu’il y a encore un faible espoir dans la limitation de la casse quand cela est possible.

    Ce qui est assez fou à constater, c’est que comme dans d’autres pays au sud de la Méditerranée, le chômage, la peur de la situation sécuritaire et le débat identitaire poussent les votants à choisir la solution parfaitement contraire à ce qu’ils redoutent le plus. La fermeture des frontières, le repli nationaliste et identitaire, l’isolement religieux ou encore le climat de haine et le discours sécuritaire ne font que renforcer le chômage et la stagnation économique (France, Grèce, Autriche, Hongrie, Belgique, Pays-Bas, Tunisie, Egypte, etc. ne sont là que quelques exemples). Ce qui est encore plus fou, c’est de sortir sa calculette dans les régions où le FN est en première ou deuxième position et de constater que si oui, la gauche était capable de se rassembler sous une seule bannière, elle raflerait la mise du poker menteur[1] ;

    Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine :

    FN : 36.06% vs. UDLD : 28.83% vs. Gauche ; total : 27,99% ; UDG (16.11%) + EELV (6.7%) + FG (3.7%) + EG (1.48%) ;

    Auvergne-Rhône-Alpes :

    UDLD : 31.73% vs. FN : 25.52% vs. Gauche total : 37.2% ; UDG (23.93%) + EELV et Gauche (6.90%) + PC (5.39%) + EG (1.25%)

    Bourgogne-Franche-Comté :

    FN : 31.48% vs. UDLD : 24% vs. Gauche total : 35,17% ; UDG (22.99%) + FG (4.62%) + EELV (3.91%) + Eco (2.14%) + EG (1.51%) ;

    Centre-Val-de-Loire :

    FN : 30.49% vs. UDLD : 26.25% vs. Gauche total : 37.2% ; UDG (24.31%) + EELV (6,60%) + PC (4.59%) + EG (1.70%)

    A quand cette troisième voie, à quand l'élévation des gauches unies (comme en Espagne, au Portugal, en Grèce et en Irlande)? Quand allons-nous avoir une union des "vraies gauches" pour une application de leurs politiques qui changeraient le paysage et la réalité française? Il faudra être patient et cela viendra un jour , j'en suis convaincu, mais en attendant...que tu sois de gauche, de centre ou de droite modérée, si tu es un VRAI républicain, tu t’alarmes, tu te réveilles, tu en parles à tout le monde (incluant ton chien, ton voisin que tu ne peux pas supporter, ta tante que tu appelles une fois par an pour les fêtes de fin d’année, ton collègue insupportable, etc.) et tu AGIS. Si tu es abstentionniste, nous avons compris ton message, mais l’heure n’est plus au coup de gueule, il s’agit de sauver la France des cinq années les plus graves et tristes de son histoire. Si tu ne veux pas voir ton pays ressembler aux 11 communes FN de France, il est temps de te lever et de marcher !

    Petit rappel : « Un an de mairies FN: quel bilan? »[2] :

    • Police partout
    • Maitrise budgétaire questionnable ; Au Pontet, à Cogolin, et au Luc on augmente le salaire des élus
    • Une politique sociale contrastée ;
      • « on supprime un centre social à Mantes-la-Ville, on stoppe les subventions aux syndicats à Villers-Cotterêts et on ferme une maison associative de soutien scolaire à Beaucaire. »
      • « A Mantes-la-Ville, le périscolaire est devenu payant et on envisage d'interdire la cantine aux enfants de chômeurs. Au Pontet, la gratuité de la cantine pour les plus pauvres a été supprimée. A Villers-Cotterêts, le tarif de la cantine pour les plus pauvres a été revu à la hausse et à Beaucaire, les parents qui ne payent pas la cantine sont signalés aux services sociaux. »
      • « A Fréjus même, les mesures apparaissent particulièrement contradictoires. Les subventions aux associations baissent de 25%, le financement des centres sociaux chute de 67%, et l'un d'entre eux est même fermé »
    • Temps difficile pour l’associatif ;
      • « Les baisses ou suppressions de dotations aux associations ont été constatées dans six villes, parfois de manière drastique: l'enveloppe générale a été diminuée de 22% à Mantes-la-Ville et de 25% à Fréjus. »
    • Le retour des vieux démons ;
      • « Les polémiques liées à l'islam et à une islamophobie supposée des édiles se sont multipliées dans les municipalités FN. En un an, déjà la moitié de ces mairies sont concernées. Dans deux villes, la mairie a tenté de mettre un terme à la mise en place d'une mosquée ou d'une salle de prière: Fréjus et Mantes-la-Ville. A Cogolin, la danse orientale a été proscrite du gala des associations et à Béziers, le Halal a été interdit dans les cantines »

     [1]LeMonde.fr, « Elections régionales 2015 : la progression du FN se nourrit-elle de l’abstention ? » http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/12/07/la-progression-du-fn-se-nourrit-elle-de-l-abstention_4826338_4355770.html

    [2]BFM TV, « Un an de mairies FN: quel bilan? » http://www.bfmtv.com/politique/un-an-de-mairies-fn-quel-resultat-870369.html

  • Plaidoyer pour un Conseil Fédéral multiculturel et partouzeur

    Chère future Assemblée Fédérale,

    Je me permets de prendre non pas ma plume mais mon clavier pour attirer votre attention sur le choix que vous devrez faire afin d’élire nos sept futurs sages au titre de Conseillers fédéraux. En effet, j’ai aujourd’hui 29 ans, j’habite dans un canton où 60% de ses habitants sont issus de la migration et dans un pays où un tiers des 6,9 millions d'individus âgés de 15 ans ou plus sont issus de la migration[1]. Mais voilà, il existe un problème puisqu’un candidat prétendument « sérieux » au Conseil des Sages a utilisé une série de mots qui font insulte à la Suisse, à mon canton et à ma propre personne ;

    « Le multiculturalisme est à la société ce que la partouze est à l’amour ».

    Dans un Conseil où ses membres sont appelés à la concordance et à la collégialité, comment peut-on imaginer élire une personne qui crache publiquement sur une part importante de l’histoire et de l’identité de la Suisse ? Comment me rabaisser moi, produit de l’amour issu d’une union entre une franco-suissesse et un tunisien, à une vulgaire image de pratiques sexuelles appartenant à Sodome et Gomorrhe ou à Youporn ? Comment peut-on imaginer représenter les Suisses dans leur globalité quand on compare le multiculturalisme de la société à une partouze en amour ?

    Je n’oserais pas faire ici un plaidoyer en faveur du multiculturalisme en Suisse, je considèrerais cela comme étant une insulte à l’intellect et l’éducation publique suisse. Plutôt que de répondre à ce monsieur, je voudrais vous parler de ma réalité, celle d’un Suisse multiculturel issu de « l’immigration », ayant moins de 30 ans et ayant grandi autour de lui avec le multiculturalisme comme seule et unique vérité de son environnement. En effet, j’ai passé ma maturité avec des profs s’appelant Lopreno ou Pellegrini, j’ai été entrainé au foot par un Antonino et je me fais jusqu’à maintenant couper les cheveux par une Saïda, et devinez la meilleure, ils sont tous(tes) suisses. Ce multiculturalisme s’exprime de nos jours en majorité à Genève (60%) comme à Bâle (51%) et en moyenne à 35% dans les origines de la population de notre pays. Cela va même plus loin puisque pendant la dernière coupe du monde de football, j’ai pu assister à un match où notre équipe nationale possédait 14 joueurs sur 23 qui sont nés à l’étranger ou issus de parents étrangers[2].

    Je vous le demande donc solennellement, le 9 décembre prochain, quand il s’agira de renouveler le Conseil Fédéral, prenez vos responsabilités et nommez-y des Sages qui soient à l’image de tout le pays et dans la concordance la plus totale. En d’autres mots, faites honneur à ce tiers de suisses issus de la migration et prônez « le multiculturalisme de partouze » comme principe fondateur de l’identité helvète.

    #JeSuisPartouze1986 #GoodLuckOskarCF2016 #FreysingerGate

    Interview d'Oskar Freysinger par Charlotte d’Ornellas datant du 2 novembre 2015; http://www.bvoltaire.fr/oskarfreysinger/multiculturalisme-a-societe-partouze-a-lamour,216041